The silent and lasting light of Davide Oppizzi
LUCE · décembre 2024
LUCE met Davide Oppizzi, the Italian-Swiss designer and founder of DCUBE, in Geneva. He specializes in the creation and development of projects full of beauty, elegance and delicate humanism that involve light, architecture, design, the environment and new technologies. We had already met him on the occasion of the completion of the project for the headquarters of the Haute Horlogerie brand Audemars Piguet and the Needoo outdoor system for Artemide, designed to intelligently illuminate and accommodate birds and other useful animal species, with the aim of creating a harmonious sharing of space between human beings and animals through optimal lighting (LUCE 337, September 2021)
Davide Oppizzi, can you tell us about DCUBE, your team and the new premises in Geneva? My team and I, 5 people in total but with a huge external network, moved into the new headquarters, which was designed according to an innovative concept: it will remain a light laboratory where we carry out lighting experiments and calculations, as well as a design studio of course, but it will be a place open to the outside world. Indeed, we will welcome artists, organize conferences, courses and workshops for students; the first event to be held in the new space will focus on eco-sustainability in technology. But that's not all: the place will also become a showroom for the products I design, such as the centerpieces for Mosaik and Fiam. Finally, we are creating an outdoor space where we will place Cubo, a sculpture made according to our design by Schaller with new solar technology, blue photovoltaic glass, developed by the startup Kromatix in collaboration with the Federal Polytechnic School of Lausanne (EPFL). Cubo will power all the lamps displayed in this greenscape. It is a workshop, a light laboratory, a workshop and a showroom. I would say it is a place of density of spirit. Your collaboration with AEC aims to rethink the future of urban lighting. Is the aesthetic of the future still in the hands of designers? AEC is a large, fully robotic company, specializing mainly in urban technology. They called me because they had been impressed by Needoo (an exterior lighting system respectful of biodiversity designed for Artemide, editor's note), they thought that I could bring them a different vision of a simple design of "", sculptural bodywork with a good sense of proportion, that is to say a design also capable of bringing together innovation and current issues. I believe that today, as a designer, you must manage to touch the DNA of an object, to enter into its genetics. We presented the first prototypes of Dragon Solar a year ago, as a preview, at the Light + Intelligent Building Middle East in Dubai. I am looking for a design that is solar powered but can have a different positioning than what is usually seen on the market, with solar panels placed above the light source. I wanted an object that was formally minimalist and architectural but which communicated something organic by evoking a “technological mythology”. The result is an atypical solar street lamp equipped with Kromatix technology. The backbone which collects solar energy is mechanically oriented during installation of the mast according to the orientation of the sun, as one would do on the roof of a house. After a year dedicated to the development of energy efficiency and commercial functionality, from these first prototypes the Falko projector was born, ready to accommodate all possible accessories such as surveillance cameras, sound, etc. I worked on spectrometry to respect the dark areas and the dark sky as well as the existing natural chromatic harmony. I studied colors to integrate the Dragon Solar family into the different landscapes and vegetation types related to geographic and climatic zones, as Dragon Solar was selected for Riyadh, the capital of Saudi Arabia.
Davide Oppizzi, pouvez-vous nous parler de DCUBE, de votre équipe et des nouveaux locaux de Genève ? Mon équipe et moi, 5 personnes en tout mais avec un immense réseau externe, avons emménagé dans le nouveau siège, qui a été pensé selon un concept innovant : il restera un laboratoire de la lumière où nous menons des expérimentations et des calculs d'éclairage, ainsi qu'un studio de design bien sûr, mais ce sera un lieu ouvert sur le monde extérieur. En effet, nous accueillerons des artistes, organiserons des conférences, des cours et des workshops pour les étudiants ; le premier événement qui se tiendra dans le nouvel espace portera sur l'écodurabilité dans la technologie. Mais ce n'est pas tout : le lieu deviendra aussi un showroom pour les produits que je dessine, comme les pièces maîtresses pour Mosaik et Fiam. Enfin, nous créons un espace extérieur où nous placerons Cubo, une sculpture réalisée d'après notre design par Schaller avec une nouvelle technologie solaire, un verre photovoltaïque bleu, développé par la startup Kromatix en collaboration avec l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Cubo alimentera toutes les lampes exposées dans ce greenscape. C'est un atelier, un laboratoire de la lumière, un workshop et un showroom. Je dirais que c'est un lieu de densité d'esprit. Votre collaboration avec AEC vise à repenser l'avenir de l'éclairage urbain. L'esthétique du futur est-elle encore entre les mains des concepteurs ? AEC est une grande entreprise, entièrement robotisée, spécialisée surtout dans la technologie urbaine. Ils m'ont appelé parce qu'ils avaient été impressionnés par Needoo (un système d'éclairage extérieur respectueux de la biodiversité conçu pour Artemide, ndlr), ils ont pensé que je pourrais leur apporter une vision différente d'un simple design de « carrosserie », sculpturale avec un bon sens des proportions, c'est-à-dire un design capable aussi de faire se rencontrer l'innovation et les enjeux d'actualité. Je crois qu'aujourd'hui, en tant que designer, il faut réussir à toucher l'ADN d'un objet, à entrer dans sa génétique. Nous avons présenté les premiers prototypes de Dragon Solar il y a un an, en avant-première, au Light + Intelligent Building Middle East à Dubaï. Je cherchais un design qui fonctionne à l'énergie solaire mais qui puisse avoir un positionnement différent de ce que l'on voit habituellement sur le marché, avec des panneaux solaires placés au-dessus de la source lumineuse. Je voulais un objet formellement minimaliste et architectural mais qui communique quelque chose d'organique en évoquant une « mythologie technologique ». Le résultat est un lampadaire solaire atypique doté de la technologie Kromatix. La dorsale qui collecte l'énergie solaire est orientée mécaniquement lors de l'installation du mât selon l'orientation du soleil, comme on le ferait sur le toit d'une maison. Après une année consacrée au développement de l'efficacité énergétique et de la faisabilité commerciale, de ces premiers prototypes est né le projecteur Falko, prêt à accueillir tous les accessoires possibles tels que des caméras de surveillance, du son, etc. J'ai travaillé sur la spectrométrie pour respecter les dark zones et le dark sky ainsi que l'harmonie chromatique naturelle existante. J'ai étudié les couleurs pour intégrer la famille Dragon Solar dans les différents paysages et types de végétation liés aux zones géographiques et climatiques, car Dragon Solar a été sélectionné pour Riyad, la capitale de l'Arabie saoudite.
Et l'HCL, l'éclairage centré sur l'humain, et tout ce qui concerne le soin et le bien-être de l'humain... Nous avons supervisé un projet entièrement fondé sur le concept HCL (Human Centric Lighting) à l'Hôpital de La Tour, un important hôpital de Genève, en éclairant la salle de radiothérapie. Il s'agit d'un bunker situé à 4 étages sous le niveau du sol qui semble désormais rempli de lumière naturelle. Dans ce projet, nous avons travaillé avec des médecins et avec l'équipe finlandaise de Light Cognitive ainsi qu'avec CoeLux sur les rythmes circadiens : le résultat final comprend 8 scénarios qui s'adaptent à toutes les étapes du processus thérapeutique, y compris l'utilisation du laser. Lorsque le patient commence le traitement, la lumière a des tons rouge-orange, quand il arrive à la fin elle l'enveloppe dans une lumière semblable à celle du soleil avec un sous-ton bleu qui inhibe la mélatonine et le prépare à sortir. Que voudriez-vous dire aux jeunes étudiants qui souhaitent embrasser la profession de lighting designer ? Je ne suis pas attaché aux tendances. Chaque étudiant doit développer sa propre vision et avoir le courage d'exprimer et de montrer sa personnalité avec une force individuelle. Tout dépend de ce que l'on fait des choses et de l'ancrage dans le design. Par exemple, aujourd'hui, je ne veux pas retirer un millimètre carré à la nature sans donner quelque chose en retour. Préserver la biodiversité est une valeur à protéger. On ne peut pas penser à concevoir si l'on a perdu la capacité de reconnaître tous les détails subtils de la nature. Quand j'ai créé Needoo, j'ai observé nos amis à plumes pendant 2 ans, en essayant de comprendre leur attitude sociale, s'ils étaient stressés ou calmes. On ne sait pas ce que l'on doit protéger si l'on n'a pas développé de connaissances, et on peut difficilement donner une valeur à ce que l'on ne connaît pas. Encore une fois, il n'y a pas besoin d'extrémisme, je crois plutôt à l'harmonie entre l'homme et la nature où l'homme est au centre. Un arbre n'est beau que s'il a de belles racines à travers lesquelles les jeunes et les anciens sont connectés.
Quel sera l'avenir de l'éclairage dans les villes ? La ville est un paysage artificiel qui pose des problèmes en matière d'éclairage, à commencer par l'émission de lumière dans le ciel qui provoque l'absence de dark sky. Il est évidemment plus facile d'agir dans une ville moderne que dans une ville dotée d'un noyau historique consolidé, et on ne peut même pas le faire en se contentant de réaliser un prototype, une sorte de concept car, sans une planification adéquate. Il n'est pas nécessaire d'aller aux extrêmes et de tout éteindre, mais d'agir de manière avisée, avec intelligence, par exemple en utilisant des LED ou des bandes LED, qui ont une consommation très faible, pour la signalisation urbaine et routière. Que pensez-vous qu'il adviendra dans le domaine de l'éclairage, en tenant compte aussi de la révolution de l'intelligence artificielle ? Je pense que derrière tous les phénomènes de la vie il y a une intention. Et c'est cela qui fait la différence, pas la technologie en elle-même. Je crois que pour l'avenir de la lumière l'intelligence du logiciel des appareils d'éclairage sera essentielle, nous devons développer l'intelligence des lampes afin qu'elles puissent analyser les situations grâce à des capteurs et s'adapter en conséquence. En faisant le moins de bruit possible. Mon thème préféré, dont je parle souvent, c'est la lumière silencieuse, une lumière dont on ne s'aperçoit pas mais qui est présente. Présente quand on en a besoin et absente quand on n'en a pas. Marry Me pour Fiam, c'est une façon poétique de parler de lumière... Marry Me est une œuvre poétique réalisée grâce à la maîtrise des artisans du verre en fusion qui fabriquent des objets ne laissant pas d'empreinte carbone. L'idée est née de l'effet d'évanescence que je voulais obtenir à travers le verre et la lumière, pour ainsi dire, de quelque chose d'immergé dans le brouillard : un effet doux et un jeu intéressant sur la structure 3D du verre. J'ai pris par pur instinct quelques LED et, en expérimentant, je me suis dit qu'entre le verre et la lumière cela ressemblait à un mariage, alors j'ai aussi écrit une déclaration d'amour.
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