la lumière au centre des besoins de ceux qui vivent dans un espace architectural
LUCE · septembre 2021
Davide Oppizzi est né en Suisse en 1971, d'une mère italienne et d'un père suisse. De ces deux cultures, il a hérité de l'attitude "Swiss made" et du tempérament latin. Une enfance passée au coeur de la nature et un instinct créatif l'ont conduit à étudier les Arts appliqués. Fondateur du studio de design DCUBE Swiss SA à Genève, Oppizzi est spécialisé dans la création et le développement de projets de haute qualité liés à l'éclairage, à l'architecture intérieure, à la greentech et à l'architecture. Grâce à ses connaissances multidisciplinaires, il a porté ses créations sur le devant de la scène internationale. Des marques prestigieuses telles que Chanel, Louis Vuitton ou Graff lui ont confié des projets d'excellence aussi bien dans le monde du produit industriel que dans celui du design d'éclairage. Son éclairage est l'art de la lumière, le seul moyen, selon ses propres mots, de sublimer la matière avec laquelle il travaille, avec une maîtrise rare et unique de la technologie et une sensibilité créative.
Pouvons-nous le voir dans les lampes conçues pour Artemide ? Nous pouvons affirmer en toute tranquillité que, grâce à l'outil de production d'une entreprise comme Artemide et à sa force d'impact, il est possible d'atteindre 99 % de la vision initiale du projet, et donc d'obtenir un produit le plus proche possible de ce qui a été imaginé et dessiné. La clé de la collection Curiosity créée pour Artemide a été de rester fidèle à l'idée que la lampe n'était plus l'élément central, mais que l'était au contraire ce qui était accueilli sur sa plaque de base, devenu l'élément de premier plan. Ses lignes ont été continuellement perfectionnées et affinées pour révéler sa force silencieuse. Cet objet ne possède pas les qualités séduisantes qui nous frappent "dans les toutes premières secondes" de certaines lampes très voyantes sur le marché, car il est très immatériel, mais lorsque nous découvrons ses véritables capacités d'éclairage, son ergonomie et sa simplicité, sa matérialité et sa qualité optique, il revêt une nouvelle force, et c'est cette force invisible que nous cherchons à poursuivre dans nos projets. Votre Studio est situé à Genève, près du fleuve d'un magnifique lac ; quelles sont vos principales sources d'inspiration et comment ont-elles changé en cette période particulière que nous traversons ? Je dis toujours à mon équipe que nous sommes incroyablement privilégiés ! La nature qui entoure le studio, situé à la périphérie de Genève, à environ 15 km du centre-ville, est certainement une source d'inspiration, mais surtout un espace de calme dans lequel il a été plus facile de gérer la crise pandémique que nous traversons. Toute notre équipe en profite : promenades dans les vignobles et jogging le long de l'eau de la réserve naturelle, à seulement 200 mètres de nous. C'est une réserve naturelle, appelée "The River Chronicle", qui, après tout, correspond exactement à nos aspirations : une recherche d'harmonie entre l'homme et la nature. Chez DCUBE, nous cultivons constamment l'innovation, la curiosité et l'anticipation des tendances technologiques. Nous observons avec attention et curiosité ce que conçoivent d'autres designers, qui nous inspirent et qui sont parfois nos maîtres à penser. Nous aimons l'esprit urbain et contemporain, les visions futuristes et les expérimentations sur les matériaux, l'innovation et surtout l'être humain au centre de tout cela. Ce lieu favorise le rassemblement de tous ces thèmes, un peu loin de la ville, dans cette campagne qui nous offre assurément la clarté et le calme nécessaires pour les analyser et stimuler notre imagination. Avec les confinements à répétition, nous avons eu le temps d'approfondir certains projets souvent laissés de côté par manque de temps, et nous avons profité de ces moments où il était interdit de voyager pour consacrer davantage d'attention à notre méthodologie créative. Pouvez-vous nous parler des projets que vous avez présentés à la Milan Design Week ? Au "Supersalone" de Milan, sur le thème du design industriel, nous avons présenté une nouvelle collection pour Artemide appelée Needoo, qui aborde la question très délicate et actuelle de la disparition des oiseaux, qui ne trouvent plus d'aires où se poser en ville. Partant du concept selon lequel un arbre est aussi un poteau, nous avons créé des lampadaires résidentiels sur lesquels nous avons intégré des nichoirs pour favoriser la nidification. Sur ce projet, nous collaborons également avec BirdLife International, la plus grande ONG ornithologique au monde. Ce projet est autant un projet de design qu'un message que nous voulons transmettre à tous les designers, à savoir aider la nature que, paradoxalement, nous sommes en train de détruire.
Y a-t-il d'autres projets d'éclairage en préparation ? Nous travaillons également sur de nouvelles collections d'éclairage pour DesignHeure, Fiam, Linea Light et NUD, que nous espérons voir dans la première partie de l'année prochaine. En ce qui concerne l'éclairage architectural, début septembre 2021, nous avons achevé un projet pour la nouvelle Manufacture Horlogère Audemars Piguet, située dans le Jura suisse ; un grand projet pour éclairer les 10 000 mètres carrés du site de production et le siège social de la marque. Pour ce magnifique bâtiment contemporain créé par les architectes suisses Kunik de Morsier, nous avons conçu, en collaboration avec Artemide, des luminaires spéciaux dotés d'une ergonomie optique spécifique, basée sur un équilibre spectral photobiologique adapté aux besoins des horlogers. À Genève, nous avons terminé un projet d'éclairage pour la compagnie d'assurances SwissLife, propriétaire d'une galerie longue de 130 mètres dans la rue du Rhône, l'une des rues les plus prestigieuses de Genève, où se trouvent les grands noms (Chanel, Louis Vuitton, etc.). Ce projet utilise la lumière blanche dynamique Pixel dans des profilés en aluminium, qui offre la possibilité d'éclairer en mode lumière chaude ou froide classique, ou, si cela est requis pour des événements commerciaux, le même appareil peut être transformé en un appareil numérique Pixel sur lequel nous pouvons intégrer des images vidéo dynamiques. C'est un système "2 en 1" unique en son genre. Nous avons aussi une série de projets à venir dans les hôpitaux, où nous sommes très actifs avec nos systèmes de ciel hyper-réaliste Coelux et Light Cognitive. Que voudriez-vous transmettre à la prochaine génération ? Les choses bien faites et dotées d'un caractère unique naissent de la persévérance et de l'attention, de la prise de risques personnels, de la volonté d'apprendre en profondeur, de l'effort d'un travail soigné et du regard porté sur notre planète dans le respect de ses ressources. J'espère de tout mon coeur que la prochaine génération pourra être la gardienne de toutes ces qualités. J'espère aussi que le monde du design saura se remettre en question pour produire des objets en harmonie avec notre environnement, et que, pour chaque centimètre carré d'espace ou de matière "volé" à la nature, nous serons en mesure de le lui rendre, non pas avec une compensation carbone ou tout autre artifice financier, mais avec un effort réel pour protéger les êtres vivants, ces êtres vivants qui auront toujours pour moi une valeur infiniment plus grande. Le design n'a plus aucun sens ni aucune valeur s'il sert des causes contraires à l'harmonie entre l'homme et son environnement.
Architecte Oppizzi, le studio de design que vous avez fondé s'occupe non seulement de design de haute qualité, de technologies vertes et d'architecture, mais aussi de l'"art de la lumière". Pouvez-vous nous en parler ? Le monde de l'éclairage est imprégné de savoir-faire technologique, grâce aux efforts des ingénieurs et des inventeurs de systèmes innovants pour lesquels j'ai une grande admiration ; au fil des années, cependant, la demande d'innovation visant uniquement à obtenir une "performance visuelle" ou un "effet graphique de lumière", ou encore à choisir un "objet lumineux sculptural sans qualités d'éclairage", est devenue une limite. La vision de DCUBE consiste à considérer la lumière émise par une source comme un matériau. Il est important pour nous de maîtriser l'aspect technique de la lumière, mais il est encore plus important de la connaître en profondeur d'un point de vue esthétique : c'est comme savoir choisir un tissu qui s'accorde parfaitement avec votre design d'intérieur. Outre les aspects ergonomiques essentiels (Kelvin, CRI, UGR, longueurs focales, etc.), nous devons aujourd'hui aussi inscrire la lumière dans l'espace-temps. C'est ainsi que nous donnons sens et mouvement à la lumière dans son contexte. Nous sommes entrés dans l'ère du "logiciel de la lumière" ; des systèmes Bluetooth aux systèmes de contrôle simplifiés via nos tablettes ou nos smartphones, nous avons une incroyable opportunité de dicter aux systèmes d'éclairage, qu'ils soient décoratifs et/ou techniques, les scénarios qui nous accompagnent dans nos états d'âme, de manière à ce qu'ils nous définissent au centre de nos besoins, comme l'exprime si bien l'expression "Human Centric Lighting". Les êtres humains se trouvent dans des situations où ils ont besoin de scénarios d'éclairage très spécifiques, à des moments très spécifiques. Au-delà de la lampe en tant qu'objet, une fois maîtrisée sa partie technologique, l'art de l'éclairage consiste pour nous à observer les activités qui appartiennent à la sphère de ceux qui vivent dans un espace architectural (par exemple, concevoir une ambiance lounge pour un apéritif entre amis, ou une atmosphère très lumineuse au même endroit pour le travail, etc.) et à s'adapter à leurs différentes humeurs. On pourrait émettre l'hypothèse que l'art de la lumière se cache, comme dans la vie, dans l'art d'écouter nos besoins... Dans votre travail, vous appliquez à la fois le sentiment créatif et la compétence technologique ; voudriez-vous nous en dire quelques mots ? Maîtriser la technologie nous libère des contraintes créatives. Tout comme un pianiste a besoin de savoir utiliser ses gammes musicales pour se sentir libre de composer, il est impératif que le designer comprenne comment intégrer les composants électroniques dans son idée en termes de dimensions, de fonctionnement électronique, de volume de l'objet (échelle) et d'effet lumineux désiré. La contrainte est un moteur extraordinaire pour stimuler la créativité ; elle vous permet de donner libre cours à votre imagination liée à la réalité, en vous libérant de la naïveté qui consiste à "imaginer" pouvoir "faire entrer un éléphant dans une boîte d'allumettes". Comme dans toutes les grandes écoles d'esthétique formelle, c'est l'art de tracer des lignes essentielles qui prédomine ; la remise en question est permanente, et le sens de l'autocritique est d'une importance capitale. L'objet acquiert un sens, le contenu et la forme une solidité propre, et la maîtrise de l'ingénierie devient la garantie du succès. Je crée rarement un objet uniquement pour son esthétique, l'objet est toujours lié à une vision ; si cette vision se perd en cours de route au fil du processus de conception, alors l'objet n'a plus aucun sens et devient un contenant vide.
La lumière au centre des besoins des utilisateurs d'un espace architectural
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