Espaces Contemporains
Magazine · 2023
INTERVIEW LA LUMIÈRE POUR MATIÈRE C’est en 2001 que Davide Oppizzi a fondé à Genèvel’agence de design DCUBE.Swiss, spécialisée eningénierie de la lumière. Son imagination fertile etsa connaissance approfondie des technologies ontdonné naissance à des projets d’illumination pour desmarques prestigieuses comme Chanel, Louis Vuitton,Audemars Piguet, et au développement de luminairespour de grands fabricants internationaux.
QUELS SONT LES TYPES DE LED DISPONIBLESSUR LE MARCHÉ ?Pour l’éclairage résidentiel, il existe trois typologies. D’une part, lesampoules individuelles utilisant des culots classiques anciens (typeE27 ou E14) qui peuvent parfois être programmables. D’autre part, lesluminaires all integrated – la LED et son circuit imprimé sont dans lecorps de l’ampoule. Et enfin, les LED en montage linéaire, pour éclairerdes corniches ou des détails de mobilier (stup LED). AVEC LES LUMINAIRES « TOUT INTÉGRÉS »,N’A-T-ON PAS INVENTÉ LE LUMINAIRE JETABLE ?L’obsolescence programmée en matière d’éclairage date des premièresampoules électriques dont on fragilisait le filament pour les remplacerplus souvent… Il y a 20 ans, les fabricants de LED promettaient 100 000heures de fonctionnement. Depuis 12-15 ans, les garanties sont passéesà 50 000 heures pour un éclairage professionnel, de 15 000 à 25 000heures pour les ampoules à visser tout public. La durée de vie limitéedes lampes vient souvent du corps du luminaire qui, s’il est trop petit, adu mal à dissiper la chaleur projetée par la LED vers l’arrière. Sans unemasse de métal suffisante pour jouer le rôle de dissipateur thermique,il ne peut y avoir d’ampoule LED puissante. D’autre part, une LED estobligatoirement pilotée par un système électronique, qui, lui, ne duresouvent que de 10 000 à 20 000 heures. Il a été développé des gammes universelles dites « retrofit » quipermettent d’extraire l’ensemble LED-PCB-Aluminium. Mais ellesn’existent que pour l’éclairage professionnel. QUELLES NOUVELLES POSSIBILITÉS LES LEDONT-ELLES OFFERTES AUX DESIGNERS ?Il y en a beaucoup. Mais on peut citer le développement des lampesnomades, qui n’est possible que si elles consomment peu. Dans cetteligne de produits, j’ai conçu la lampe Curiosity pour Artemide qui serecharge avec un câble USB. Elle peut éclairer la terrasse les soirs d’étéou être utilisée à l’intérieur pour valoriser un objet. Et sa consommationest très faible (1,6 w). UN DESIGNER PEUT-IL ABORDER LA QUESTIONDE LA SANTÉ À TRAVERS L’ÉCLAIRAGE ?Pendant longtemps, le plus gros souci du LED a été son éblouissementet sa courbe du spectre bleu trop prédominant dans la photométrie, cequi détruisait notre horloge naturelle par l’inhibition de la mélatonineet perturbait le cycle circadien éveil-sommeil. Aujourd’hui, l’intégrationdans les composants des LED de diodes multi couleurs, diffusant unelumière chaude et froide, ainsi que les développements de la program-mation, nous permettent de reproduire la courbe du soleil. Dans notrestudio, nous sommes très actifs dans les hôpitaux où nous créons desatmosphères qui régulent le cycle de sommeil des patients et aussi dessoignants. QU’EN EST-IL POUR L’ÉCLAIRAGE DES VILLES ?Nous travaillons toutes les problématiques de pollution lumineusenuisible à notre environnement lors de conceptions de luminairesoutdoor. La lampe Needo pour Artemide inclut un filtre qui éliminele spectre bleu, ce qui protège davantage le cycle circadien végétal etanimal. VOUS AVEZ CONÇU PLUSIEURS LUMINAIRES HYBRIDES,À DOUBLE FONCTION. QUELS ÉTAIENT VOS OBJECTIFS ?La lumière doit apporter une plus-value au produit, être utile. Dans notreprocessus de création nous cherchons à faire se rencontrer deux univers,le mobilier et l’éclairage, qui parfois ne se sont jamais rencontrés. C’estle cas par exemple de la douche Ametis pour Graff où le système deluminothérapie éclaire réellement la zone douche sans autres apportsde lumière. QU’EST-CE QUI CARACTÉRISE VOTRE APPROCHEDE L’ÉCLAIRAGE ?Depuis 21 ans, nous défendons l’idée que la « lumière révèle la matière »,autrement dit, qu’un bon éclairage et souvent bien plus précieux que lafinition du luminaire lui-même. Mais notre vision de la lumière résideplus encore dans ce que l’on nomme aujourd’hui « Human centric Ligh-ting », c’est à dire l’art de mimer la lumière naturelle pour que l’éclairagefavorise la santé, le confort et le bien-être. dcube.swiss
Press & News